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  • Texte de Sylvie Corroler-Talairach

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Textes / Texte de Sylvie Corroler-Talairach

    Texte de présentation de l’exposition « Les territoires de l'ordinaire », Fondation d’Art Contemporain Espace Ecureuil, Toulouse, mars-avril 2012.

    Qu’on habite en ville ou aux abords de celle-ci, un appartement dans un immeuble cossu, dans une barre d’immeubles ou encore une maison à la campagne … Hortense Soichet photographie chez les gens ; leur intérieur, comme on dit. Cela ne ressemble absolument en rien aux photos de ces magazines de décoration qui rencontrent beaucoup de succès aujourd’hui. Car ici, il n’est pas question de rendre compte de la décoration des murs, mais d’interroger le fait d’habiter un espace.
    Habiter, cela veut dire deux choses. Prosaïquement, avoir un toit sur la tête. J’habite … suit une adresse, un numéro, une rue, une ville. Mais habiter, c’est aussi tout autre chose. C’est investir, s’investir, donner de soi ; habiter les lieux, leur donner une âme. Curieusement, c’est la rigueur même du protocole d’Hortense qui laisse percevoir cet habiter-là, celui du supplément d’âme.
    Le protocole est le suivant : une rencontre préalable avec l’habitant, une conversation, des mots échangés sur cet habitat, ce territoire approprié, quand ? comment ? … une conversation à bâton rompu. Puis les prises de vue. Toujours plusieurs, plusieurs pièces, plusieurs points de vue, parfois, ce que l’on voit d’une fenêtre, photographier la pièce, sans trop s’approcher des détails. Et enfin, rendre compte. A chaque zone photographiée (un quartier, une zone rurale, une cité …), une restitution à la forme différente, une phrase, du son, des images …
    De ces restitutions, deux axes sont évoqués ici, au sein d’une même image.
    Le logement en tant que question sociale est présent. Des restitutions de paroles, des détails de murs délabrés nous percevons une politique du logement. La Goutte d’Or est une ZUS, bénéficiant du PNRU, il y a aussi des ZFU, des ZRU … Autant de petits raccourcis abruptes qui disent qu’il n’y a hélas pas d’évidence à être bien logé en France aujourd’hui.
    Et l’image montre aussi le logement intime. Lorsque le social devient le privé, lorsque l’habitant prend possession de l’habitat, lorsque la photographie parle de l’individu.
    L’habitat est le prolongement de soi, une forme enveloppante et aussi une extension du je, un abri physique et psychologique. Les images d’Hortense Soichet nous donnent à voir aussi cette construction de soi.
    Au delà des murs, la rue, le quartier, la ville. Etre là quelques mois ou des années, vouloir partir, vouloir rester. Que nous soyons nomades ou sédentaires, nous habitons. C’est cela que les photographies d’Hortense Soichet nous racontent.
    Une dernière chose, la présence de l’habitant, ici, est en creux. Il y a ses mots, mais pas son image, point de portrait. C’est de cette absence que naît notre place de spectateur. Nous pouvons ainsi, à notre tour, habiter les lieux. En prendre possession par le regard, par la projection, par empathie ou sympathie. En creux aussi, peut-être, en tous les cas, ici je pense à eux, les sans abris.

    Sylvie Corroler-Talairach
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  • Biographie

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Biographie / Biographie

    Hortense Soichet choisit de s’intéresser à l’habitat, plus précisément à la relation que les occupants entretiennent avec leur lieu de vie. Pour cela elle procède à des relevés visuels et sonores, par photographie des espaces et sauvegarde des récits que les habitants livrent sur leur domicile.

    Ces enregistrements constituent la part visible d'un travail se développant bien en amont de la prise de vue. C'est en effet tout un protocole que sous-tend sa démarche : détermination d'un territoire sur lequel intervenir, rencontre avec les acteurs locaux (mairies, associations, structures chargées du logement...), déplacement sur le terrain, échanges, enfin, par mail ou par téléphone qui mèneront au rendez-vous chez les habitants. Un délai qui lui permet d'entrevoir des aspects du territoire tout en laissant aux habitants le temps de connaître le projet, parfois même de susciter une attente.

    Hortense Soichet mène ses projets par territoire. Ainsi s'intéresse t-elle tout autant à des zones périurbaines ou rurales qu'à des quartiers en voie de réhabilitation, l'échelle d'étude variant de quelques rues à plusieurs kilomètres suivant la cohérence du territoire.
    Elle cherche à percevoir si les environnements modifient les façons d'habiter. Occupe t-on son espace domestique indifféremment au Fousseret, à Muret ou à Saint-Gaudens ? La relation à son lieu de vie est-elle la même dans un quartier stigmatisé que dans un village ?
    Les territoires, auxquels elle s'intéresse, bien que très différents, ont en commun d'être l'objet de bouleversements : urbanisation, réhabilitation, démolition, reconstruction. C'est finalement une mémoire de l'habitat au début du XXIe siècle que préserve l'artiste à travers son travail. 

    Il y a quelque chose d’ethnographique dans la façon dont Hortense Soichet procède. En menant des campagnes photographiques par territoires, aussi bien ruraux qu’urbains, elle souligne la disparité des habitats. Pavillon individuel versus bâtiment partagé, luxe de l’espace contre l’exigüité, logement choisi contre logement attribué. Cependant, l'enregistrement photographique et le recueil des paroles d'habitants esquissent des façons d'occuper ces lieux plus complexes que ces antagonismes ne le laissent d’abord supposer. Un lieu de vie choisi ne préserve ni de la solitude ni de désagréments, quand des appartements situés dans des zones qualifiées de sensibles semblent des havres de paix, parfois des espaces fastueux.

    Hortense Soichet donne ainsi un aperçu tout en nuance des territoires qu’elle investit. Au-delà, et parce qu’elle ne vise ni  l’exhaustivité, ni une typologie, ni une conclusion, elle laisse la place à la singularité de chaque lieu et de chaque rencontre.

    Texte de Julie Martin, responsable de la Plateforme d’Art de Muret, 2012.
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    Des habitants, la Haute-Garonne, festival Cheminements, centre d'art et photographie de Lectoure du 28 avril au 3 juin 2012.
    Commissariat : François Saint-Pierre

  • Montreuil à la galerie le Sas

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Expositions

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    Espaces partagés, La Noue -Clos-français, Montreuil à la galerie le Sas, Montreuil (93) du 9 juin au 7 juillet 2012.

  • Plateforme d'Art de Muret

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Expositions

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    Des habitants, la Haute-Garonne, Plateforme d'Art de Muret du 15 mars au 26 avril 2012.
    Commissariat : Julie Martin

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    Les territoires de l'ordinaire, Espace Ecureuil, Fondation Caisse d'Epargne pour l'Art Contemporain à Toulouse, du 8 mars au 28 avril 2012.
    Commissariat : Sylvie Coroler.

  • Eté photographique de Lectoure, 2010

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Expositions

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    Habiter une Zone Urbaine Sensible, Portrait photographique de la Goutte d'Or.
    Exposition à la Cerisaie dans le cadre de l'Eté photographique de Lectoure, centre d'art et photographie de Lectoure du 17 juillet au 22 août 2010.

  • Centre d'Art Contemporain Chapelle Saint-Jacques

    Il y a 8 ans

    / Présentation / Expositions

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    Des habitants, la Haute-Garonne, Centre d'Art Contemporain Chapelle Saint-Jacques, Saint-Gaudens du 23 juin au 6 octobre 2012.
    Commissariat : Valérie Mazouin

  • Rofinget

    Il y a 8 ans

    / Photographies

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    À l’invitation de Pronomade(s) en Haute-Garonne, Centre national des Arts de la Rue, dans le cadre d’un projet mené en partenariat avec la Communauté de communes du Haut Comminges autour du « paysage », la photographe Hortense Soichet et l’écrivain Mouloud Akkouche ont sillonné les Frontignes de novembre 2012 à mai 2014. Au fur et à mesure de leur immersion dans ce territoire de 32 km2, il leur apparût comme un véritable pays, auquel ses 837 habitants étaient attachés et dont ils se revendiquaient. Bien plus que « du Comminges », « de la Haute-Garonne » ou « de Midi-Pyrénées », ils se disaient « des Frontignes »! Hortense et Mouloud avaient donc affaire à un pays, aux frontières fluctuantes et aux histoires (é)mouvantes. 
À la collection de récits récoltés au fil des rencontres avec des habitants, des écoliers, des commerçants, des élus…, ils ont alors décidé d’ajouter une véritable fiction, nouveau terreau fertile pour le développement de racines imaginaires communes.
 Planant au-dessus du territoire bien réel des Frontignes, Rofinget lui emprunte quelques vérités pour mieux les détourner. Aussi, toute ressemblance avec des personnes ou des faits ayant existé n'est pas que le fruit du hasard !
Un vrai guide touristique de ce faux pays disponible in situ vous invite à votre tour à parcourir ce territoire, à votre rythme, quand et avec qui vous voulez, en suivant des parcours qui vous mèneront de village à histoires en histoires de village…

    Et pour voir l'ensemble du projet : http://www.rofinget-tourisme.com/

  • Espaces partagés

    Il y a 8 ans

    / Photographies

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    Hortense Soichet emprunte aux sciences humaines ses méthodologies, en procédant sur le mode de l’enquête, en recueillant des témoignages et en se rendant dans des quartiers de logements sociaux ; elle s’appuie d’abord sur une approche photographique pour sonder, à la manière de l’ethnologue ou du sociologue, un Habiter qui se donne à voir autant qu’il interroge. Une esthétique de l’Habiter, fluide et transitoire, comprise dans l’entre-deux des formes et des couleurs d’un côté, des désirs et des expériences de l’autre, peut alors émerger. Celle-ci se porte constamment à la frontière entre le visible et l’invisible, elle repose sur la pratique sociale des espaces, comme en témoignent ces images réalisées dans les quartiers Argentine et Saint-Lucien de Beauvais (60), du Viguier à Carcassonne (11), des Fenassiers à Colomiers (31) et de la Noue et du Clos Français à Montreuil (93). Dans la démarche de l’artiste, il ne s’agit nullement de souligner l’âpreté bétonnée des barres HLM, là où les ciels de banlieue paraissent toujours grisâtres, ni même de dresser le portrait d’habitants désabusés par la réalité de leur quotidien. L’artiste a choisi de dépeindre la vie de ces quartiers en les figurant en « négatif », c’est-à-dire en ignorant les espaces communautaires, publics ou partagés, en excluant les habitants de toute photographie pour se focaliser sur ce qui demeure enfoui, infime et intime. Lorsque l’on pénètre dans ces appartements, parfois coquets, d’autres fois plus modestes, on y voit le reflet des espérances et des imaginaires individuels. Les récits qui accompagnent ces images décrivent des aspirations personnelles, des craintes et des amertumes, mais aussi des projets et des souvenirs heureux. L’artiste peut interroger le temps de la vie, celui que l’on passe chez soi, à l’échelle de quelques années ou à l’échelle du quotidien, celui que l’on imprègne de son identité, de sa culture et de son histoire, mais surtout, de sa présence. Le tour de force consiste à rendre cela palpable, alors même que cela n’a pas de corps, alors même que la technique employée est avant tout celle de l’image photographique. Ce qui intrigue donc n’est pas le « Comment vivent les autres ? », mais une infime transparence. Ces habitants, absents, peuvent figurer la condition humaine à travers ses gestes et ses accomplissements les plus essentiels ; il est vrai qu’on oublie de temps à autre que l’Habiter est un geste élémentaire, une conduite fondamentale participant à la production de soi et de son rapport aux autres. Du coup, ce projet photographique qui n’insiste plus seulement sur la présence même de la photographie, nous rappelle qu’Habiter, c’est aussi Être, c’est aussi Vivre. L’esthétique de l’Habiter d’Hortense Soichet ne fige donc pas, les objets, les meubles et les murs ne sont nullement prisonniers de l’image car ils sont nourris d’affects et de sensations. Ils ne s’amassent ni ne se produisent en un jour, mais en une vie. Ce n’est pas la stabilité du foyer qui se donne à voir, mais ce qui est véhiculé à travers lui, répondant à un processus continuel, à une conquête de l’espace faite de pertes et d’accumulations, de rencontres, d’histoires et d’expériences. 

    Julien  Verhaeghe