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  • Marguerite Pilven

    Marguerite Pilven

    Critique d'Art, Commissaire d'exposition

    www.margueritepilven.net

    Playtime, le corps dans le décor (2)
    L’exposition Playtime prend pour fil rouge le thème du « corps dans le décor ». Elle se structure par une installation d'Elvire Bonduelle redistribuant l'espace d'exposition autour d'un tourniquet composé de quatre "coins d'attente" . Le visiteur est invité à s'y asseoir pour contempler les oeuvres.

    L'exposition s'ouvre sur un dialogue établit entre les photographes Lucien Hervé et Cyrille Weiner, à travers une sélection de leurs photographies filtrée par des références au film Play Time de Jacques Tati, réalisé en 1967.  Par ses collaborations avec Le Corbusier, et des architectes majeurs du modernisme,  Lucien Hervé a contribué à mettre en image la radicalité de la modernité comme instauration d’un ordre nouveau et le projet social qu’elle a porté en repensant l’habitat. Lucien Hervé fait œuvre de photographe bien plus qu’il ne documente l’espace construit. Il en amplifie les effets, les dynamise, les relationne dans un jeu fortement contrasté d’ombres et de lumière. Son oeil est dans la machine photographique. La récente publication intitulée « Le Corbusier – Lucien Hervé – Contacts » (ed. du Seuil)  atteste que le mouvement du corps est indissociable de sa conception de l’architecture. Son regard, sensible au caractère dynamique de l'espace habité, n'a pas seulement documenté les constructions de Le Corbusier; il a amplement contribué à enrichir la perception de l'architecte sur son objet d'étude. En vérité, c'est une autre nature qui parle à la caméra que celle qui parle à l'œil", écrivait Walter Benjamin.

    L’ambition des urbanistes d'après-guerre a été de replacer l’humain au cœur de la ville, mais l’architecture normative (et non plus fonctionnaliste) qu’elle a généré s’est progressivement écarté de cette volonté de départ.
    Cyrille Weiner est l’homme d’une autre génération, celle qui a vu le projet social de l'architecture moderne glisser vers l’écueil de la cité dortoir, où « habiter » s’est confondu avec « loger ». Loger un corps n'est pas nécessairement l'encourager à habiter un espace. C'est ainsi qu'en allant chercher l'humain en marge des villes, là où aucun dessein architectural ne l’attend, Cyrille Weiner a observé ses comportements de vie. Là où la pensée rationnelle des espaces s'évanouit, des actions improvisées s'engagent. Elles échappent aux loisirs planifiés et au bonheur standardisé. L'approche de Cyrille Weiner est optimiste et sans nostalgie, avant tout sensible à la façon dont l’homme se réapproprie son environnement. Le photographe se penche sur les usages, parfois totalement décalés, qui sont fait d'un espace construit pour ouvrir une réflexion d'ordre anthropologique sur l'habiter.

    Chez Elvire Bonduelle, des œuvres liées à l’idée d’aménagement de l’habitat irriguent une réflexion sur le fait de « trouver sa place ». Au moyen d'installations, dessins, et mobiliers aux formes volontairement simples et dépouillées, où le design de type fonctionnaliste flirte avec le dessin d'enfant, elle imagine depuis quelques années des "oeuvres praticables." Cette "dictatrice du bonheur", comme elle aime à se définir, s'attache ici à "concevoir" du confort dans l'espace d'exposition, un lieu qui tend souvent à oublier le corps pour ne favoriser que la projection mentale dans les oeuvres. L'oeuvre d'Elvire Bonduelle tente ainsi de restaurer un équilbre entre le corps et le décor.

    Les artistes Emese Miskolczi et Nathalie Regard ouvrent la réflexion sur l'habiter à l'ère du numérique. Leurs œuvres se situent à l’intersection du visuel et du virtuel. La métaphore machinique est fortement présente dans les travaux de ces deux artistes, marqués par la notion de processus et de répétition. Elle entretien une connivence avec la définition de la maison comme "machine à habiter" par le Corbusier. La dématérialisation des espaces représentés évoque également ces nouveaux territoires de la "surmodernité" appelées « Non-Lieux » par le sociologue Marc Augé, des lieux de passage non destinées à être habités comme les aéroports, les salles d’attentes ou les écrans d’ordinateur ; l’appareillage informatique appartenant, en partie, au même espace que celui dans lequel notre corps agit 1. La fascination de ces deux artistes pour les zones intermédiaires s’exprime par une reconstruction plastique de leur nature transitoire. La métaphore du chantier comme valorisation du travail, très présente chez Lucien Hervé, resurgit également avec force dans leurs oeuvres.

    En fin de parcours, l'installation de Mischa Kuball, "Playtime domestic version", synthétise l'approche dynamique, et phénoménologique de l'espace rythmant l'exposition et accordant une importance à l'interaction du visiteur avec les oeuvres. Cette oeuvre immersive met en relation la vue et le mouvement. Elle plonge le visiteur dans l'obscurité, au coeur d'une projection d'images mouvantes filmées à Paris et se jouant de ce qu'il voit.

    Pour conclure... Issus d’une génération témoin de mutations importantes dans l’espace urbain, Lucien Hervé (1910-2007) et Jacques Tati (1907-1982) apportent une perspective historique sur les travaux des cinq autres artistes : Lucien Hervé rappelle à quel point la photographie a accompagné les étapes du mouvement historique moderne : la transformation urbaine, le nouveau paysage industriel, l’expansion du territoire. Le regard qu’il porte sur l’architecture de son temps est emblématique d’une approche utopique du « vivre ensemble ». Si l’urbanisme moderniste a insisté sur la vocation relationnelle et sociale des espaces aménagés, les « Non-Lieux » renvoient à l’expérience du déracinement, mais aussi à la dérive contemplative, celle que décrit Jacques Tati dans Playtime avec les personnages de Mr Hulot déambulant dans "Tativille" et d'une jeune touriste américaine se séparant de son groupe organisé.
    De l'urbanisme moderniste à l'appropriation de friches et de territoires virtuels, cette exposition est une réflexion anthropologique sur l’habiter, liée aux usages de l’espace construit. « C’est seulement si l’on a la capacité d’habiter que l’on peut construire », écrivait Heidegger dans un texte intitulé "Construire, Habiter, penser".

    MP, août 2013

    1 - Ces lieux sont mentionnés à titre d’exemple. Tout lieu peut devenir un « non lieu » et inversement, en fonction de l’usage que l’on en fait. Une friche urbaine ou naturelle (non-lieu) peut devenir un squatt (lieu) et une habitation devenir un « non-lieu », comme le décrit Tati dans Play Time, avec les "appartement-vitrines.

    Présentation du commissariat d'exposition Playtime, le corps dans le décor, réalisé à saint Dié des Vosges, du 11 juillet au 21 septembre 2014.
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    Thème : Arts plastiques
  • Marguerite Pilven

    Marguerite Pilven

    Critique d'Art, Commissaire d'exposition

    www.margueritepilven.net

    Danica Phelps - the more poetic side of money -
    Pour sa première exposition en France, Danica Phelps montre à la galerie laurent mueller une série de dessin extraits d’un projet de vie intitulé Income’s Outcome. L’exposition comporte également d’autres oeuvres réalisées sur place, lors de son séjour parisien avec son fils Orion, dans le studio jouxtant la galerie. Composé comme un journal intime, Income’s Outcome repose sur une économie de vie que Phelps consigne, sauvegarde et partage avec le spectateur. Rien n’est évacué dans ce cycle vital de la production et de la dépense qui rythme le déploiement de sa série,et en définit la cadence comme le contenu. Phelps partage aussi bien les épisodes tumultueux de sa vie sexuelle, qu’un simple passage à la laverie ou une sortie avec son fils. Ces épisodes esquissés d’un trait sensuel et précis, comme saisis dans le vif, s’accompagnent d’informations chiffrées sur ce qu’ils ont coûté. Ces moments d’intimité et de création qui n’ont pas de prix sont ainsi comptabilisés.

    Danica Phelps tient ses comptes quoi qu’il arrive. Ce protocole, aride et disciplinaire, semble interroger, voire refuser, la division de l’art et de la vie, du travail et du plaisir. En confrontant deux écritures, celle, sensuelle et légère des dessins, et celle, comptable et fastidieuse (parfois déléguée à des assistants), de codes barres placés en bas de chaque dessin, Phelps touche un nerf sensible du marché de l’art qui en est aussi le levier : la confrontation entre valeur d’usage et valeur d’échange, circulation du désir et investissement.

    La circulation de l’argent, son côté le plus poétique serait donc la matérialisation objective d’un flux vital. Danica Phelps fait d’ailleurs de ses acheteurs des maillons de son oeuvre. Elle consigne leur nom sur une seconde génération de dessins réalisée par un transfert sur papier de soie de chaque dessin vendu. Ces reproductions sont réalisées sur demande, et sans limitation du nombre. L’acheteur de seconde main est informé des ventes précédentes du dessin de son choix. Lieux et dates des transactions, identité des acheteurs informent chaque nouveau propriétaire du son pedigree ou de la généalogie de son acquisition. Leur prix est en revanche immuable et fixé par l’artiste en fonction de l’importance affective qu’elle leur accorde.

    La subversion du travail de Danica Phelps ne repose pas tant sur l’étalage de sa vie intime et financière que sur une profonde remise en question des critères de valeur de l’art, sa démarche consistant à en analyser les moyens matériels d’existence et à en permettre les conditions.

    Communiqué de presse de l'exposition à la galerie laurent mueller (5 juin - 18 juillet 2014)
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    Thème : Arts plastiques
  • Germain Caminade

    Germain Caminade

    Artiste, peintre, graphiste

    www.germaincaminade.com

    Paint Job VII

    Il y a 6 mois 

    / Paint

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      Suspension-5-834
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  • Germain Caminade

    Germain Caminade

    Artiste, peintre, graphiste

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    DRAW JOB III

    Il y a 6 mois 

    / Draw

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      Love-Act-2-638
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      Accumulation-838
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  • Germain Caminade

    Germain Caminade

    Artiste, peintre, graphiste

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    Landscapes

    Il y a 6 mois 

    / Draw

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      Landscape-653 236
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      Landscape-366-224
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  • Germain Caminade

    Germain Caminade

    Artiste, peintre, graphiste

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    Mixdesigns B

    Il y a 7 mois 

    / Digital

    • 1 - Mixdesign-233-623
      Mixdesign-233-623
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      Mixdesign-100-748
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      Mixdesign-965-462
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    Digital's Objects

  • Concert "Bare Hands" à la rencontre de trois arts. Piano : Moises Fernandez Via. Création crètoise des Mains nues.
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  • L'Amérique au jour le jour

    Il y a 1 mois 

    / Aujourd'hui

    « Je marche. Broadway. Times Square. 42e Rue. Mes yeux sont sans souvenir, mes pas sans projet : coupée du passé et de l’avenir, une pure présence. Si pure, si ténue, qu’elle doute d’elle-même et que le monde aussi est en suspens. Je dis : c’est New York ; mais je n’y crois pas tout à fait. Ni rails, ni sillage : je n’ai pas tracé mon chemin sur la surface de la terre ; cette ville et Paris ne sont pas liées comme deux éléments d’un même système : chacune a son temps propre qui ne coïncide pas avec celui de l’autre, elles n’existent pas ensemble et je n’ai pas pu passer de l’une à l’autre. (…) Ce soir, plus qu’aucun soir, je voudrais (…) saisir (crochet) New York (crochet) : avec mes mains, mes yeux, ma bouche, je ne sais pas comment, mais je la saisirai. (…) Mes mains, ma bouche, mes yeux n’ont pas prise sur cette nuit. »  

    On est toujours l’étonnement de quelqu’un.    
    En fait Beauvoir vit son voyage en littérature ; elle devient un être-pour-le-livre, ses visites sont si détaillées que chacun de ses pas, et tous ses regards sont en marche vers le Journal en préparation.  

    J’entends la même chose chez Sagan dans Avec mon meilleur souvenir : « New York est une ville de plein air, coupée au cordeau, venteuse et saine, où s’allongent deux fleuves étincelants : l’Hudson et l’East River. New York vibre nuit et jour sous des coups de vents marins, odorants, chargés de sel et d’essence – le jour -, et d’alcool renversé – la nuit. »
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    Thème : Littérature
  • Urbantech

    Il y a 1 mois 

    / News

  • Apho[to]rismes-10

    Il y a 1 mois 

    / Apho[to]rismes

    • 1 - Cong, Irlande
      Cong, Irlande
    • 2 - Conemara, Irlande.
      Conemara, Irlande.
    • 3 - Galway, Irlande.
      Galway, Irlande.
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