Texte par Jérémy Liron

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Texte par Jérémy Liron
Parfois il s’agit de dénoncer les atrocités du monde lui renvoyant à peine grossies parfois les images les plus laides qui le font. Ce fut le cas des artistes de la nouvelle objectivité, Groz, Dix, Beckmann et quelques autres. D’autres ont suivi, tantôt ironiques, dérisoires, absurdes, tantôt crus et écœurants de la sécession viennoise, Herman Nitsch en tête, jusqu’à Thomas Hirschorn aujourd’hui en passant par l'histoire du Cabaret Volltaire. Parfois, il s’agit de sonder le monde et d’en restituer objectivement, sans passion, la physionomie. C’est alors de trouver les formes susceptibles de nous approcher du réel fuyant. Enfin, et on l’a dit souvent des poètes mais ça serait réduire, l’art quelque fois consiste à opposer au tragique de la réalité un monde autre, comme un refuge. Le projet d’Elvire Bonduelle tient un peu des trois propositions et, sous une allure légère, une utopie gentille, elle nous dessine les contours d’un monde meilleur qui ne va pas sans dialoguer avec ce monde tragique que nous habitons. L’objet : un journal composé d’articles patiemment prélevés sur de nombreux numéros de manière à ne faire état que de choses positives ou du moins semblant l’être dans les termes. Bricolé et mince, il se donne à voir comme une chimère, une fragile utopie, un négatif dérisoire du monde ordinaire. Il n’est question que de réconciliation, d’espoir, de baisse des prix, de relance économique, d’aide, de processus de paix. Une échappée dans le monde sucré d’Amélie Poulain. Loin du spectaculaire macabre ou du fait divers à sensation, le meilleur monde nous offre une petite bouffée d’oxygène, nous aide à espérer encore, à croire à un autre monde possible qui, tapis au cœur de celui-ci n’attendrait que l’on veuille lui prêter attention. A peine plus de 10 pages, c’est peu, et ça sonne comme une critique discrète de la presse ordinaire se régalant de sordide, jouant de la terreur par la surenchère, ou du monde qui produit ces images. On sait que toute image, toute énonciation est nécessairement une interprétation, un cadrage, un point de vue. Chris Marker en avait fait déjà la démonstration édifiante dans sa lettre de Sibérie : toute est affaire de point de vue. Chaque point de vue change le monde. C'est peut-être un bon point de départ. 

Jérémy Liron, lespasperdus.blogspot.com, juillet 2010.
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Thème : Arts plastiques
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